Papillon Belle-Dame - Vanesse des chardons

Où sont passés les papillons ?

Nous sommes presque mi-juin et le constat est là, les insectes ne sont pas au rendez-vous ! Mais où sont passés les papillons ? Pourquoi en voit-on très peu, voir pas du tout ? Quel est le problème d’une manière générale ? Ces questions sont vraies un peu partout mais aussi en forêt de Fontainebleau. Faisons quelques hypothèses sur les causes possibles.

Les problèmes climatiques

Comme vous l’avez remarqué, les saisons sont complètement détraquées. Le glissement progressif et aléatoire des saisons de plusieurs semaines parfois dérègle complètement la nature. Par exemple en février 2019, mois habituellement le plus froid en Île-de-France, nous avons eu des températures hors normes avec 20 °C certains jours. Cette hausse rapide des températures à un moment où la végétation et les insectes sont censés être en dormance est un signal fort qui a entrainé une pousse des plantes et la sortie de quelques papillons hibernant comme le Citron ou le Vulcain. L’humidité et le froid sont revenus juste après, stoppant net les bourgeons.

 

Hespérie du brome - Où sont passés les papillons ?
Hespérie du brome – Où sont passés les papillons ?

 

La sécheresse et ses conséquences dont j’ai parlé dans un autre article ont marqué la saison estivale de 2018, laissant exsangues les fleurs sauvages. En plein été au mois d’août, en temps normal, les fleurs nectarifères sont là pour nourrir les papillons jusqu’en septembre. Or l’année dernière, ce mois-là, les populations de papillons ne pouvaient plus compter sur ces sources de nourritures, car le soleil a cramé toute la végétation. D’ailleurs, j’ai rangé mon matériel photo macro, car il n’y avait plus de plantes à fleurs, donc plus de papillons.

 

Les pluies incessantes au moment de la floraison freinent aussi l’expansion et le développement des populations de lépidoptères. Pluies et températures fraiches clouent sur place pendant une partie de la journée les espèces rescapées qui ont pu passer outre les aléas climatiques. Les imagos ont besoin de chaleur pour butiner. Donc si la période de « stationnement » est trop longue, le risque de périr augmente.

Destruction des habitats

Depuis plusieurs dizaines d’années, le déclin des papillons est constant. Cette forte régression peut aussi s’expliquer par la destruction de leur habitat. Ici et là, des zones naturelles riches sont sacrifiées pour de l’habitation ou pour des zones industrielles. Or, certaines espèces peu mobiles sont monophages ! La simple disparition de leur prairie, lieu de nourrissage et reproduction est une perte sèche.

Ce dommage a des conséquences sur la pollinisation des fleurs. De plus, les papillons font partie de la chaine alimentaire des oiseaux, des araignées et d’autres animaux. La communauté scientifique sait depuis longtemps que ces lépidoptères sont un indicateur de la santé du biotope. Ils contribuent à la richesse de la biodiversité.

Les mauvaises décisions

De mon point de vue, les mauvaises décisions de gestions de la forêt viennent aggraver le risque de perte de biodiversité. Tant que le climat est stable dans un rythme attendu, la nature accepte certaines de nos erreurs. Mais quand une mauvaise idée (de mon point de vue) est appliquée au nom d’un certain marketing de communication, le résultat n’est pas là !

La présence des moutons en forêt de Fontainebleau est un illustre exemple. Allez en plaine de Chanfroy (près d’Arbonne la forêt) voir le désert qu’a laissé le troupeau d’ovins. Partout où ils sont passés, la terre est quasiment à nu !

 

Moutons de la forêt de Fontainebleau

 

Dans ces conditions, voir un papillon diurne devient compliqué !

Parmi les autres actions défavorables à la présence des papillons, je pourrais citer le piétinement des zones propices à la pousse des plantes nectarifères. Nous devrions voir partout des vipérines sur les pelouses calcaires. Or, à ce jour, j’en vois qu’en bordure de route en ce moment.

Je me languis de cette nature fidèle qui nous fait la fête chaque année !

Collisions avec les voitures

Ne vous est-il jamais arrivé de voir un papillon traverser la route au moment où vous passez ? Le résultat est malheureusement souvent le même, l’insecte est percuté et disparait dans le tourbillon d’air laissé par le véhicule. Une simple promenade à pied sur les bords de route en été confirme le tribut payé par cette famille. Alors, pourquoi les papillons traversent les routes ?

Une des premières raisons est que les bords de routes offrent souvent plus de diversité en fleurs sauvages que les prairies forestières. Donc, les imagos sont attirés par le nectar des plantes fleuries. Leur présence est liée à la source de nourriture. La deuxième raison pourrait être la présence de la plante hôte de l’autre côté de la route uniquement. Ainsi, après l’accouplement, la femelle se déplace à la recherche de celle-ci. Sa quête la pousse à traverser la route à ses risques et péril. La troisième raison est la propension de certaines espèces colonisatrices qui recherche des biotopes propices à son développement. Enfin, la dernière cause pourrait concerner les papillons migrateurs, comme la Belle Dame, qui remontent l’Europe pour se reproduire. Pour ces 2 derniers cas, ce sont des papillons au vol endurant qui se déplacent beaucoup et qui ont les mêmes besoins alimentaires que les insectes sédentaires.

Alors pourquoi ne voit-on pas de papillons ?

Résumons les différentes hypothèses à notre disposition. Un cycle météo capricieux plusieurs années de suite porte un coup aux différentes espèces de lépidoptères de la forêt de Fontainebleau. Que se passe-t-il si la ressource alimentaire est présente et que les papillons qui en dépendent sont absents ? Comme, je l’ai indiqué plus haut, il suffit d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase. J’ai pour habitude de photographier au mois de juin le Tabac d’Espagne, le Moyen Nacré et surtout le Petit Collier argenté. Et là, c’est le vide sidéral !

Donc, la sécheresse de 2018 et les sautes de température du premier semestre 2019 ont fait du dégât, car même les oiseaux ont subi ce contrecoup ! Bien sûr, je n’ai pas de chiffre à vous proposer pour compléter cet article. Mais avons-nous besoin d’une étude pour nous rendre compte de l’évidence.

Vous de votre côté, faites-vous le même constat en Seine-et-Marne (Île de France) ou ailleurs en province ?

Y a-t-il un espoir de voir émerger les espèces de papillons que j’ai mentionnées plus haut ? Dans une certaine mesure je pense que oui, mais pour ce qui est de la densité des populations, là je crois que le mal est fait.

Les papillons autrefois vus par les anciens

Notre mémoire collective a oublié qu’autrefois dans les campagnes les papillons étaient non seulement présents, mais aussi nombreux. À cette époque, il n’y avait quasiment pas d’automobile. Les pesticides n’étaient pas encore à la mode.

 

Que cela fait du bien d’écouter et de voir ce que vous pourrez être notre environnement sans tout ça ! Regardez sur la vidéo ce témoignage sur ce que voyait nos anciens, vous m’en direz des nouvelles…

 

10 commentaires

  1. Bonjour.
    J’ai fait le même constat que vous au cours de mes promenades,je suis d’accord sur les causes que vous proposez avec une restriction concernant le pâturage. Il me semble que l’ANVL est favorable à cette pratique.
    Quand je suis allée à la plaine de Macherin ce printemps la météo n’était pas adaptée pour le vol des papillons, j’ai vu beaucoup d’orchidées en début de pousse qui avaient gelé,la végétation avait du mal à démarrer.
    A suivre…..

    • L’avenir nous le dira effectivement !
      Mais tant le peu d’espèces présentes, que la faible quantité représentée, laisse penser que cette année est sans commune mesure avec les dizaines d’années précédentes alors même que là où il y a des fleurs, les papillons sont rares…

  2. Bonjour Djamal,
    merci pour cet article pertinent !
    Je vois très peu de papillons aussi dans mon jardin, et pourtant, les fleurs nectarifères sont là, en nombre et en variétés pour les accueillir et je cultive sans aucun pesticide !
    Cet appauvrissement des biotopes est tragique !
    Bonne semaine.
    Cordialement.
    Bises.
    Brigitte.

  3. Comment expliquez-vous que les Naturalistes de terrain plébiscites cette technique et que de très nombreuses réserves naturelles pratiquent le pâturages pour la gestion des espaces naturelles!
    Avez vous des solutions, dans l’entremêlât de vos critiques ?

    • Comme je l’ai dit dans cet article, la forêt de Fontainebleau est un écosystème fermé à l’équilibre fragile puisqu’il contient différents biotopes (plaines buissonnantes, prairies sèches, etc.).
      Les surfaces qui ont servi à l’alimentation des ovins pendant plusieurs mois de l’année ont été tondues, plus de vipérines, de chardons, de serpolets depuis 3 ans.
      Le pâturage à la place des engins mécaniques, pourquoi pas, cela coûte moins cher !
      Mais dans ce cas, il faut un projet qui respecte la biodiversité dans son ensemble avec des règles strictes des parcelles à brouter et des durées permises.
      Pourquoi ne pas avoir fait une rotation des surfaces à la manière des jachères pour laisser aux vivants une zone d’accès propice au maintient des espèces.
      Une sorte de génération programmée où les semences naturelles auraient le temps de germer.
      Or là, ce n’est pas ce que j’ai constaté !
      Et comme expliqué dans cet article, quand diverses facteurs défavorables s’ajoutent, le mal est fait !

      • Bonjour,

        Attention aux conclusions hatives concernant le pastoralisme sur le massif de Fontainebleau. En effet, on peut constater assez logiquement qu’à la suite des passages de brebis les insectes volants sont moindres tout comme les espèces en fleurs mais il faut prendre un peu de hauteur pour voir l’effet à moyen long terme du paturage sur les parcelles qui accueillent les bêtes :
        1/ L’itinéraire du pâturage évolue d’une année sur l’autre, ce qui veut dire que si Chanfroy est pâturée au printemps en 2019, la plaine sera (a priori) pâturée plus tôt ou plus tard l’année d’après afin de laisser la nature s’exprimer sur ce site ;
        2/ Le pâturage permet la réouverture de milieux de la foret et la restauration de la pelouses et de landes qui se refermaient depuis de nombreuses année, faute d’intervention. A proximité de Chanfroy, vers la Touche aux mulets, on retrouve des espèces remarquables à la suite du passage des bêtes qui ‘nettoient’ le sol de molinie, pousses arbustives, etc. Le passage des bêtes à l’instant T a forcément une incidence sur la nature et peut être négativement sur quelques espèces intéressantes, mais au global, pour la biodiversité, ce mode de gestion extensif est très intéressant sur ce type de milieux.
        3/ Des suivis scientifiques sont en cours sur différentes parcelles pâturées afin de juger de l’efficacité ou pas de cette pratique avec plusieurs années de recul. Ces travaux se basent sur des inventaires protocolés et comparables dans le temps qui facilitent les comparaisons entre l’avant et l’après. Il faut se rapprocher des structures qui mènent des études sur la question (ANVL et ONF entre autres) pour prendre connaissances de ces travaux. Et si c’est insuffisant, tanner l’ONF pour qu’ils investissent plus de sous pour bien juger de l’efficacité de ces pratiques ! 🙂
        4/ Il y a un retard de floraison cette année assez important par rapport aux années précédentes. Peut être qu’il peut y avoir une incidence sur le développement larvaire des papillons ?

        Après, je suis d’accord avec vous pour constater d’une diminution dramatique de l’abondance et de la diversité des papillons en Ile-de-France et en France, et qu’il reste beaucoup de travail à faire pour préserver durablement les milieux ouverts du massif de Fontainebleau (Lutter contre l’envahissement du pin, restauration de pelouses, gestion par le pâturage, par la fauche, etc.). Mais pour le coup, cette initiative me semble être positive pour le massif de Fontainebleau.

        Merci pour votre blog et vos magnifiques photos

        Fred

      • Bonjour Fred,
        Comme je l’ai indiqué, la raréfaction des papillons est une somme de circonstances qui pendant des années à fait son œuvre.
        J’indique simplement par constatation après 3 ans d’observation sur les différents sites visités que le paturâge n’est pas si anodin dans un milieu tel que celui de la forêt de Fontainebleau.
        J’espère vraiment mettre trompé ! Mais pour l’instant, ce n’est pas le sentiment du moment.
        Merci pour votre participation

  4. C’est plutôt du cote des pesticides qu’il faut chercher la cause de cette disparition.
    L’agriculteur est responsable de nombreuses maladies et nuisances.
    Organisons l’information et la lutte contre ces nuisances!

    • les pesticides ont évidemment un rôle prépondérant dans la disparition progressive des papillons.
      En forêt de Fontainebleau, le déclin constaté cette année est sans commune mesure avec les années précédentes !
      Il y a donc d’autres causes qui viennent s’ajouter à celle-ci.

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