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Martinet noir - Oiseau de la forêt de Fontainebleau

Martinet noir (apus apus) – Oiseau migrateur hors norme

Chaque printemps, le martinet noir est de retour avec les hirondelles. Discrètement, cet oiseau migrateur regagne sa zone de reproduction. Oiseau mystérieux par essence, il abonde en superlatif tant ses capacités et son mode de vie sont extraordinaires. Le ciel est son lieu de vie. Quand nos regards sont tournés vers le haut, nous ne captons qu’une infime portion de vie de cet extraterrestre. Nous avons tant de choses à découvrir sur cet athlète. Dévoilons quelques-uns de ses secrets intimes.

Des performances de haut vol

Cette fusée ailée possède un des vols le plus rapide au monde. Taillé pour la vitesse, la forme même du martinet noir représente ce qui se fait de mieux en matière d’aérodynamisme. Avec des longues ailes effilées en forme de serpe et un vol tendu, il file sans peine à la poursuite des insectes qu’il gobe le bec grand ouvert.

Dans la famille des apodidés, la plupart des oiseaux présentent une forme similaire. Notre sujet se distingue des hirondelles par une teinte sombre sur pratiquement tout le corps. Sa taille est aussi indicatrice des différences existantes. Bien plus grand avec une envergure de plus de 40 cm et une longueur d’environ 15 cm, sa tête abrite 2 yeux noirs au fond des orbites. Il a un petit bec qui s’ouvre en grand lors de chasses aux insectes.

Martinet noir (apus apus)

Le martinet noir (Apus Apus) est capable de faire des pointes de vitesse à 200 km/h. Il accomplit aussi d’autres exploits insoupçonnés.

Ce que fait le martinet noir en vol

Figurez-vous que la nature nous réserve toujours des surprises !

Par exemple, saviez-vous que le martinet noir passe 10 mois de l’année en vol sans jamais se poser ?

Étonnant à plus d’un titre, car cela suppose plusieurs choses.

  1. Capture des insectes en plein vol (nourriture) comme les hirondelles
  2. Sommeil dans les cieux (voir le mystérieux ballet ci-dessous)
  3. Reproduction en vol (je vous dis que ce sont des animaux incroyables)

Cette intense activité couplée à un vol rapide m’amène à évaluer les distances parcourues en seule année. Sachant qu’ils migrent au sud du Sahara pendant l’été, faisons une estimation de vol sur une journée dans un premier temps.

Bien qu’il soit capable de voler à 200 km/h sur de courtes distances, partons d’une vitesse moyenne de 60 km/h qu’il pourrait tenir sur 24 h. Cela donnerait une distance moyenne parcourue
de 1440 km en une journée, soit 43 200 km en un mois.

Maintenant, si on étend cette valeur aux 10 mois passés sans se poser, on obtient quelque chose comme 432 000 km. Même avec ce résultat, je crois que je suis en dessous de la réalité au quelle
il faut ajouter les 2 mois de nidification. Sachant qu’Apus Apus est susceptible de vivre 20 ans, je vous laisse faire le calcul. Comme on dit, il doit en voir du pays…

En fait, le seul moment de l’année où il se pose, c’est durant la période de nidification.

Le mystérieux ballet

Les martinets noirs entament leur montée vers 21 h 30 jusqu’à 2500 m et redescendent durant la nuit vers 1 h du matin aux alentours de 1100 m. Durant 3 h, ils navigueront entre cette altitude et 1300 m. Vers 4 h, ils recommenceront leur élévation au-delà de 2000 m pour redescendre un peu avant 6 h du matin.

De nombreuses questions se sont posées suite à cette découverte de scientifiques hollandais. Le suivi des martinets noirs à l’aide des radars météo a permis d’établir une sorte de courbe montrant les 2 vols ascensionnels de la nuit. Ce mystérieux ballet n’est pas sans intriguer la communauté scientifique qui n’évoque pas une recherche de nourriture durant le vol nocturne.

Martinet noir - Oiseau migrateur - Fontainebleau Blog

Ce serait un moyen utilisé par ces oiseaux pour établir une sorte de prévision météo pour les heures à venir. En fonction des hautes pressions et des basses pressions, il serait en mesure d’évaluer le changement de temps. Comme ils dépendent de la météo pour se nourrir d’insectes, évaluer le temps dans les prochaines heures est un moyen d’assurer leur survie et celle de leurs poussins.

Typiquement, avant le levé du jour, ils pourraient se déplacer sur une centaine de kilomètres pour éviter le mauvais temps et collecter suffisamment de nourriture pour eux et pour leurs petits.

Apus apus – Reproduction

J’ai observé une seule fois la reproduction du martinet noir. Les 2 oiseaux se sont agrippés en face à face lors du vol et se sont accouplés. Donc, un des deux était sur le dos, simple, non ?!

La femelle pond 2 à 3 œufs blancs qu’elle couvera avec le mâle pendant 3 semaines. L’alimentation dont dépendent les poussins peut être discontinue pour cause de mauvais temps. En effet, les parents peuvent s’éloigner de plus 100 km pour trouver une zone favorable d’alimentation.

Pendant cette absence, un mécanisme étonnant se met en place puisque les poussins rentrent en léthargie si la nourriture vient à manquer. Cette période de mort apparente peut atteindre 1 semaine. Au-delà, si le froid, la pluie persistent les jeunes périront de faim.

Jeune martinet noir
Par Banjau — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

Quand le temps le permet, une autre couvée sera recommencée.

Si tout se passe bien, depuis la naissance des oisillons jusqu’à la sortie du nid, il peut s’écouler un peu moins de 2 mois. Cette période de nourrissage est dépendante de la météo pour les martinets noirs.

Les parents démarrent leur migration alors que les jeunes bien plumés sont encore au nid. Cela veut dire qu’ils devront trouver la route migratoire par leur propre moyen. Un autre danger guette les petits lors de la sortie du nid. En gros, ils n’ont le droit qu’à une seule chance pour l’envol. La longueur de leurs pattes étant très courtes, ils ne peuvent pas s’envoler comme le ferait un moineau. Ils doivent donc impérativement réussir le décollage au risque de rester à terre et se faire dévorer par n’importe quel prédateur.

Épilogue

Vous rendez-vous compte, nous en sommes encore à nous questionner pour savoir quels secrets le martinet noir cache. De par son mode de vie, il est extrêmement compliqué d’avancer des explications. Des études sont réalisées sur les ailes du martinet pour savoir comment il arrive à virer à grande vitesse. Le but étant de trouver le moyen de fabriquer des avions légers ayant les mêmes capacités. La recherche se poursuit donc « wait and see ».

Un été, j’ai trouvé au sol un martinet noir complètement empêtré dans du fil de couture. J’ai supposé que ce fil avait été emporté dans les airs et que l’oiseau s’était pris les ailes dedans, rendant le vol impossible. Donc, le voyant gigoté au sol, je l’ai saisi à main nu pour l’observer de près et lui rendre sa liberté. L’oiseau, ayant trouvé un perchoir au creux de ma main, s’y est agrippé vigoureusement. Ce que je n’avais pas anticipé, ce sont ses serres ! Mes doigts s’en souviennent encore. Après avoir attrapé un chiffon dans ma voiture, je l’ai libéré de cette entrave et lui ait redonné sa liberté. En le voyant s’éloigner dans le ciel, je me demandais si son long voyage le mènerait à bon port. Mais ça, je ne le saurais jamais…

Force est de constater que le martinet noir fait l’admiration des ornithologues et des passionnés comme moi. Chaque année, nous levons la tête pour le voir évoluer avec aisance dans le ciel. Nous sommes ébahis par ce champion des airs, cet as de la voltige.

Avez-vous une expérience avec cet oiseau ? Si oui, partagez là avec nous en publiant un commentaire.

16 commentaires
  1. Bonjour Djamal et merci pour cet article passionnant,
    J’ai la chance d’avoir tous les ans un ou des martinets qui nichent à l’intérieur d’un mur dans la maison en surplomb de la mienne ; ils se faufilent le long de la gouttière pour entrer et sortir ; ce que j’ai observé c’est qu’ils arrivent en groupe, crient et volent en tous sens en pendant ce temps l’un d’entre eux en profitent pour entrer et sortir du nid, je pense qu’il s’agit de diversion pour éloigner d’éventuels prédateurs ?

    • Sympas vos observations ! Effectivement, les cavités accolées aux gouttières leur offre l’opportunité de nidifier.
      Je ne sais pas dire si une arrivée collective sert uniquement à masquer l’entrée d’un des oiseaux, mais pourquoi pas !
      Merci Isa pour votre témoignage intéressant.

      À bientôt
      Djamal

  2. Au centre de soins j’ai eu affaires à des martinets. Qu’ils sont beaux ! Mais pour les nourrir par contre, c’est galère : contrairement aux autres oiseaux, ils n’ouvrent pas le bec, on est obligé de forcer leur ouverture pour qu’ils mangent, et il ne faut pas trop forcer sinon on les blesse.
    C’est depuis ça que j’ai appris à les (re)connaitre, la plupart des gens ne parlent que des hirondelles, pourtant les martinets de par leurs voltiges et leurs cris tout mimis sont tout aussi intéressants !

    • Lorsqu’ils tombent du nid, c’est peut-être le seul moment où il est possible de les voir de près.
      Merci Olivier pour votre retour d’expérience au contact des martinets.

      Cordialement
      Djamal

  3. Merci Djamal pour ce passionnant cours d’ornithologie. Il est dejà arrivé a ma fille de trouver un « petit rapace non identifié » a terre. Heureusement quelqu’un lui a dit comment le faire s’envoler. Ils sont merveilleux c’est un des grands bonheurs de l’été et j’adore les entendre crier dans le ciel. Longue vie a eux.

    • Le contact de la nature procure pas mal de sensation, n’est ce pas !
      Je suis content que vous ayez pu trouver la réponse à votre question.
      Merci Annick pour votre contribution à cet article.

      Cordialement
      Djamal

  4. Merci beaucoup Djamal pour ce reportage très intéressant qui me permet de connaître mieux « le martinet noir ».
    Je n’ai pas l’occasion d’en voir ; ils sont beaux … les yeux perçants ; ce sont des oiseaux étonnants qui font toute notre admiration par leurs performances incroyables !!

    Cordialement.
    Dominique Ftr

    • Nous avons tellement de belles choses à découvrir dans la nature.
      Le tout est que l’homme ne la détruise pas avant qu’il n’y ait plus rien à voir…
      Merci Dominique de partager votre avis.
      Cordialement
      Djamal

  5. merci pour ces jolis commentaires, tous les ans au travail, je les attend avec impatience, et le soir en sortant, je ne peut qu’admirer leurs ballets. petite précision, ils sont très nombreux sur ce site

    • Merci Christine de partager votre enthousiasme avec nous !
      C’est vrai que la venue des martinets est une étape dans l’année.
      Elle confirme la venue des beaux jours.
      Dans quelle région les observez-vous pour en voir en nombre ?
      Cordialement
      Djamal

  6. C’est un oiseau citadin car il lui faut des bâtisses d’une certaine hauteur comme les immeubles de 3 étages de chez moi. Avant, je pouvais en voir une multitude mais depuis que les gouttières ont été changées et fixées avec des crochets les collant à la façade, ils ne peuvent plus se glisser sous la toiture…
    Combien d’endroit comme ça ! Il existe des nichoirs à martinet qu’il faut mettre le + haut possible afin de les aider.
    Quand ils migrent, ils trouvent des algues microscopiques dans l’atmosphères selon un manuel que j’ai lu à leur sujet.
    Un conseil : quand on en trouve un par terre, il faut aller où il y a de la pelouse et le lancer comme une balle.

    • Bonne remarque Komar !
      Le déclin des populations dans certains endroits est dû aux modifications des bâtiments.
      Pourquoi ne pas prévoir des nichoirs (ou un accès dédié) dans le cahier des charges avant la construction ?
      Oublier que la nature fait partie de notre bien-être est une grave erreur, n’est ce pas !
      Merci d’avoir partager vos observations.
      Bonne journée
      Cordialement
      Djamal

  7. Bonjour Djamal. Un article fantastique comme d habitude. j ai appris beaucoup de choses sur cet oiseau extraordinaire grâce à vous . je l observe souvent à la tombee du jour sur les rives d un fleuve où je vais en observation entomo /ornithologique. ils sont tres nombreux à se livrer à un très gracieux ballet au niveau du sol, toujours au même endroit et à la même heure. c est un endroit où il y a beaucoup d insectes.

    • Bonjour Karine,
      La présence sur le terrain facilité son observation surtout sur les zones à insectes comme vous l’avez souligné.
      Encore quelques mois avant leur retour ! 😉
      Merci d’avoir commenté ce sujet avec vos observations.
      Cordialement
      Djamal

  8. Merci pour cet article très intéressant et votre grande bienveillance à l’égard de la nature et de ses »habitants ».
    Bien cordialement. Annie-Marguerite.

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