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Biodiversité de la forêt de Fontainebleau

La forêt de Fontainebleau – Source de biodiversité ?

La forêt de Fontainebleau est mon terrain d’exploration. J’aime rechercher les facettes de la nature méconnue des promeneurs. Souvent, je me rends dans des endroits peu fréquentés du public. Cette manière de procéder m’a permis d’apprendre pas mal de choses sur la biodiversité de cette grande forêt de Seine et Marne. Loin des préoccupations quotidiennes des visiteurs, cette nature fragile survit ici et là tant qu’elle reste loin des regards.

Marketing touristique pour la forêt de Fontainebleau

De partout, nous entendons parler de la forêt de Fontainebleau comme une forêt d’exception. Sur le plan géologique et paysager, c’est indéniable ! Les rochers de grès et les gorges de Franchard et d’Apremont sont des sites remarquables. D’ailleurs, les artistes du 19e siècle ont mis en valeur cette poésie dans leur peinture. Barbizon fut un haut lieux de cette communauté. Encore réputé aujourd’hui, les amateurs éclairés peuvent visiter les 15 galeries de peinture du village.

Les touristes venant de paris ont un accès direct par le train à partir de Paris gare de Lyon (SNCF). De la gare de Fontainebleau, les plus courageux envisageront une randonnée avec picnic sur les différents sites remarquables comme Rocher Canon. Pour d’autres, la pause du midi se fera dans un des restaurants bordant la forêt. Grottes et rochers drainent les curieux du monde entier. Quand aux mares de la forêt de Fontainebleau (mare aux Fées, mare aux Cerfs, mare à Piat, mare aux Évées), elles se révèlent être de véritables sources de vie pour la flore et la faune.

Les grandes surfaces de sable blanc sur le massif des 3 Pignons, communément appelé mer de sable, sont extraordinaires de beauté. Excentré au sud-ouest du massif, l’accès en voiture est possible avec une carte IGN.

 

Les gorges d'Apremont - forêt de Fontainebleau

 

Les grimpeurs viennent de toute l’Europe pour essayer différentes voies. C’est l’occasion pour eux de visiter le magnifique château de Fontainebleau. En 35 min de train au départ de Bois le Roi, ils se retrouvent au cœur de Paris. La situation géographique conjuguée à la desserte en transport en commun donne un irrésistible attrait à cette forêt de Bière. L’office de tourisme et la ville de Fontainebleau font feu de tous bois pour attirer les touristes et faire marcher l’économie locale.

Donc avec le recul de la capitale, la forêt de Fontainebleau est un site hors norme. Mais qu’en est-il lorsqu’on vit au plus près ? Peut-on arriver à un constat moins reluisant ? La richesse animale et végétale que les plaquettes de l’ONF mentionnent est-elle réelle où sommes-nous devant l’arbre qui cache la forêt ? Je vais vous donner mon avis sur la question.

Ma vision sur la biodiversité du massif

Précisons que j’exprime un point de vue d’observateur. Mes spots favoris, je les visite souvent pour effectuer un suivi photographique. C’est l’occasion d’observer aussi la faune et la flore. Lors de la pause hivernale, je prépare les sorties des mois à venir. Internet me sert de base documentaire. Parfois, je découvre des informations vraiment intéressantes que je recoupe avec ce que je sais. De cette manière, j’ai trouvé des sites hors du commun sur le plan faunistique et botanique. Ces différentes pérégrinations résultantes de mes préparations m’ont aidé à me forger une opinion sur cette question de la biodiversité bellifontaine.

 

Épilobe hirsute (Epilobium hirsutum)
Épilobe hirsute (Epilobium hirsutum)

 

La surface de la forêt de Fontainebleau est estimée à 25 000 hectares, ce qui représente des centaines de kilomètres de chemins, sentiers et routes la traversant. Morcelé par ce découpage, il y a peu de grande surface vierge. En fait, quelle que soit la saison, il y a toujours du monde en forêt. De plus, plusieurs communes sont implantées dans le massif forestier ou tout autour. On ne refait pas l’histoire, mais il n’en demeure pas moins que la pression de l’urbanisme sur la forêt est réelle. Et la pression démographique risque d’être de plus en plus forte dans les années à venir !

Alors qu’en est-il de la biodiversité ?

Les types de milieux comme les prairies sèches, les prairies humides, les platières, les landes, les mares sont des biotopes normalement riches en diversité végétale et animale. Dispersé et parfois éloigné des uns des autres, je me suis rendu compte que les trésors naturels de Fontainebleau existent par endroit. Ce sont des poches de vie au milieu de cet océan vert. Sur une surface limitée, des plantes peu communes et des espèces de papillons peuvent cohabiter. Mais ouvert aux quatre vents, un rien les menace. Certains corridors verts permettent même à des espèces extraordinaires de fleurs de résister discrètement. Moins connues, elles révèlent à qui sait s’arrêter un monde de senteurs, de couleurs, de formes.

 

Platière de l'Occident - Forêt de Fontainebleau
Platière de l’Occident

 

2016 aura été pour moi une révélation sur le sujet. Je me suis beaucoup investi pour les rechercher, les mettre en valeur par la photo. D’ailleurs, si vous me suivez, vous avez du le remarquer par la série d’articles consacrés aux fleurs au fil des saisons. Je me suis pris d’intérêt pour ces orchidées sauvages de la forêt.

À chaque nouvelle espèce, j’exulte à l’idée que mon inventaire n’est pas terminé ! Cet enthousiasme m’a poussé à faire un livre photo (perso) de 32 pages contenant 52 espèces de plantes à fleurs (hors orchidées). Et pour boucler cette saison riche en découverte, dans le même esprit que le livre, j’ai réalisé un ebook photo sur les orchidées. Grâce aux groupes spécialisés sur Facebook, l’identification de mes trouvailles a permis d’ajouter à ma collection ophrys chlorantha et l’orchis moucheron.

Les papillons (insectes) de la forêt

Durant les 2 dernières années, je me suis consacré à la recherche des papillons de Fontainebleau. Le dérèglement climatique des dernières années a laissé des traces sur beaucoup d’espèces de papillons diurnes. Le froid, la pluie ont contribué à la raréfaction de certaines familles de lépidoptères.

L’abondance des décennies passées a laissé la place à la rareté. Il y a quelques poches de richesse entomologique ici et là. En trouver quelques une a été pour moi une recherche continue. Néanmoins, d’une année sur l’autre il manque à l’appel certaines espèces comme l’hespérie du brome, la zygène de la petite coronille ou même les chenilles de sphinx de l’euphorbe.

 

Zygène de la petite coronille - Papillon de la forêt de Fontainebleau
Zygène de la petite coronille

 

Par exemple, cette année quand une espèce était présente, elle y était en faible densité comparée aux années passées. J’ai dû parcourir plus de distance en forêt Fontainebleau pour compléter ma photothèque. Des sorties de plus de 8 à 10 km avec sac à dos et boîtier à bout de bras ont été fréquentes. Ainsi, j’ai remarqué que les argus (petits papillons bleus) ont souffert. Les petites tortues (Aglais urticae) ont quasiment été absentes cette année.

Quant à la carte géographique (Araschnia levana), en voir 1 ou 2 relève de l’exploit. Pour le morio (Nymphalis antiopa), en ce qui me concerne il est absent de Bleau. Le paon du jour (Aglais io) a fait une apparition tardive en 2016 avec un retour durant les mois d’août et septembre. Mais globalement, je ne crois pas vous apprendre quelque chose en vous disant que l’affaiblissement de la biodiversité est enclenché. Si cela vous intéresse, voici un rapport sur la situation des papillons en Ile de France.

D’après le fichier Excel que j’ai trouvé sur le net, il faut compter environ 86 espèces de papillons diurnes en forêt de Fontainebleau sans compter les zygènes. Sur la totalité, j’en ai photographié et identifié 43. Et probablement un peu plus, car il me reste des papillons sur lesquels je bute à cause de leur ressemblance avec d’autres espèces.  Donc, disons qu’il reste un bon tiers que je n’ai pas ou jamais rencontré sur le périmètre. Par exemple, je n’ai jamais vu le Faune (Hipparchia statilinus) !

En 10 ans, les papillons de la région parisienne ont perdu 18 % de leurs effectifs !

L’inventaire des insectes de la forêt de Fontainebleau par les associations (d’entomologistes) de protection de la nature est étonnant. Certaines espèces décrites sont absentes. Il est probable que le secteur de présence soit restreint à quelques localités. Néanmoins, j’ai le sentiment que ces inventaires sont anciens et ne correspondent plus trop à la réalité. Est-ce que je me trompe ? En tous cas, je l’espère.

Je serais moins catégorique sur les coléoptères, diptères et autres familles de ce type, car je ne les connais pas bien et il est probable que je ne fréquente pas les bons endroits. Leur mode de vie aussi représente un challenge pour les observer. Souvent, il faut faire appel aux systèmes de piégeage pour les capturer et les identifier. Enfin, les réserves biologiques intégrales avec ses souches d’arbres représentent des biotopes parfaits pour quantité de petits animaux, mais pas pour moi. Ces milieux sont fermés et sombres, peu propice à la photo macro en lumière naturelle.

En résumé, mon ressenti de photographe naturaliste amateur se résume à un appauvrissement global de l’entomofaune. Et qui dit moins d’insectes, dit moins de prédateurs naturels. Les aléas climatiques, la fauche tardive ou pas, la destruction de milieux sensibles par des engins motorisés (quad, moto-cross), l’exploitation forestière du bois, le dépôt d’ordures sont autant de raisons pesant sur la disparition des espèces.

La chute des oiseaux

Comme la plupart des passionnés d’oiseaux sauvages, je discute avec des collègues d’observatoires qui sont aussi photographe animalier. Tous font la même remarque « Où sont les oiseaux ? » Beaucoup ont attendu, le mois d’avril, puis le mois de mai pour espérer retrouver leur spot favori sans jamais être satisfait. Certaines causes de l’appauvrissement sont les mêmes que pour les insectes.

Une météo décalée dans le temps apportant froid et pluie. Des conditions migratoires périlleuses en automne avec la chasse en Europe, mais aussi de l’autre côté de la méditerranée. Le tableau s’est enlaidi depuis une dizaine d’années avec le déclin des oiseaux communs, ceux des villes et des jardins. La chute des effectifs touche les passereaux en règle générale. Personnellement, voilà 2 ou 3 ans que je ne vois plus de merles dans mon jardin alors qu’avant, ils nichaient chaque année. En forêt de Fontainebleau comme ailleurs en région parisienne la baisse des effectifs se remarque.

Selon les sources, la baisse d’effectif se chiffre entre 20 et 30 % sur une période de 10 à 13 ans. Vous aurez peut-être remarqué que les groupes d’hirondelles sont de plus en plus petits. Et je ne vous parle pas des martinets noirs qui ne trouvent plus de sites de nidification en Ile de France. Ces espèces emblématiques donnent un aperçu de la situation.

Qu’en est-il des oiseaux en forêt de Fontainebleau ?

Ce qui rend difficile l’appréciation de la densité des passereaux est leur mobilité. Pour compter leur présence, il faut trouver au printemps des ornithologues (amateurs ou pas) sachant distinguer l’oiseau par le chant. Par exemple, j’ai l’impression que la huppe fasciée est régulière sur le massif, car j’entends chaque printemps son chant.

Mais quelle est la situation de la linotte mélodieuse, de la pie grièche, du tarier pâtre, du verdier, du chardonneret, du serin cini, du bruant zizi, du bruant jaune, du torcol fourmilier, etc. ? Je n’ai pas de certitude, je n’ai qu’un sentiment. Celui que certains biotopes que je fréquente régulièrement sont relativement pauvres en quantité d’oiseaux, mais aussi en diversité.

 

Huppe fasciée (Upupa epops)
Huppe fasciée

 

Là encore, les dérangements de toute nature lors de la nidification perturbent les volatiles. Les coupes rases des forestiers donc la suppression de loges de nidifications pour les pics et autres passereaux cavernicoles limite les places pour la population présente. La pose de nid dans les jardins peut régler les affaires des mésanges bleues et mésanges charbonnières. Et je vois poindre une autre menace avec l’arrivée des perruches à colliers que l’on voit partout autour de Paris, en banlieue. J’en ai entendu et vu une au-dessus de Fontaine le Port, il y a peu. Ce qui signifie qu’il risque d’y avoir une compétition pour l’attribution des nids en forêt. Nous n’en sommes pas encore là, mais je le vois venir…

Les incendies qui ravagent des hectares de pinèdes aux beaux jours perturbent les oiseaux nichant au sol comme l’engoulevent.

Ces aléas mis bout à bout font obstacle au développement des espèces qui ont besoin de stabilité et de lieux paisibles pour s’épanouir. Toutes les espèces ne sont pas concernées par ce déclin. Mais d’autres, plus discrètes ont plus de mal à supporter ces changements. Moins emblématiques que le martin-pêcheur ou le guêpier d’Europe, ces petits oiseaux passent inaperçus. Comme je l’ai expliqué plus haut, mon constat est celui d’un observateur.

Ma vision d’utilisateur de la forêt

Nous partageons cette belle et grande forêt de Fontainebleau avec tous ceux qui aiment s’y rendre pour diverses raisons. Grimpeurs, VTT, équitation, randonneurs, promeneurs, cueilleurs de champignons, photographes nature, rêveurs, ou simplement amoureux de nature, nous nous donnons rendez-vous là-bas. Je crois que chacun respecte ce qu’il tient en estime. À tous ceux-là, je dis continuer d’aimer cette forêt, vous en êtes les garants.

Par contre, quand sur plusieurs kilomètres de routes, je vois des tas d’ordures déposés sur le bord des chemins, je me sens triste ! Je me dis que ces gens n’ont rien compris à la nature. J’imagine très bien les mêmes personnages jetant par la fenêtre de leur véhicule canettes de soda ou leur repas McDo. Les bords de routes sont jonchés de détritus à un point que chaque année, un collectif organise le ramassage sur plusieurs secteurs du massif.

Je constate aussi que les petits mammifères paient régulièrement un tribut à la circulation routière. Parmi eux, les hérissons (de plus en plus rare en forêt), les martres, les fouines, les renards et de temps en temps de jeunes chouettes hulottes. Le paradoxe est que je n’ai jamais vu une martre vivante. Les crapauds paient cher leur migration vers leurs lieux de ponte. La traversée des routes est périlleuse pour ces batraciens utiles. Les crapauducs sont installés quand c’est possible comme à Sorques. Cette installation permet à des centaines de bêtes d’avoir la vie sauve et donc de continuer de donner la vie.

Dès que notre vision de la forêt s’élargit en considérant que celle-ci n’est pas qu’un immense centre de loisirs, tout devient possible. Mais il nous faut composer avec l’exploitation du bois sous l’égide de l’ONF. Nous ne sommes pas maîtres de la gestion de ce patrimoine millénaire qu’est la forêt de Fontainebleau. Associations de défense de la nature et ONF planifient sur plusieurs années les grands projets de gestion. Entre concessions et arbitrages, il n’est pas facile de concilier les revenus économiques des uns et défenses de la nature des autres.

Et puis, je m’étonne encore de voir des publicités sur le site de l’ONF pour des journées de chasse en forêt de Fontainebleau comme au temps des Rois de France. Comment peut-on d’un coté dire que sa mission est, je cite : « agir pour augmenter la valeur biodiversité des forêts » et d’un autre coté proposer de monopoliser 9 900 ha pour la chasse et transformer la forêt par des coupes rases. Je rappelle juste que biodiversité signifie diversité des espèces vivantes…

Ce massif forestier est unique pour plusieurs raisons. Il offre des paysages à couper le souffle. Il y pousse une flore diversifiée. Plusieurs types de biotopes se côtoient. Son histoire est ancienne et fait partie de notre patrimoine régional et national. Ses dimensions et l’affection des gens qui la fréquentent sont à elles seules une raison valable de veiller sur cette forêt d’exception.

Qu’est ce que représente pour vous la forêt de Fontainebleau ? Laissez-nous vos témoignages et faites-nous partager vos sentiments à ce sujet.

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2 commentaires

  1. Merci Djamal pour toutes ces explications fort intéressantes.
    Oui, comme vous je regrette que les chasses soient si importantes en cette forêt, notamment la chasse à courre.
    Ca devrait être interdit depuis longtemps. Ca n’a pas de sens et c’est cruel.
    Que dire des dépôts d’ordures qui se multiplient. Quelle honte !
    Au, contraire la forêt représente pour moi un lieu où l’on découvre toutes sortes de choses qui font du bien à notre équilibre. Et lorsque l’on a quelqu’un comme vous qui nous aide à mieux voir ce qui s’y passe, c’est encore plus captivant. Protégeons ces lieux fragiles et RESPECTONS LES en n’y mettant pas nos déchets. En bannissant ces hystériques à cheval qui se font pour jeu de pourchasser un pauvre animal afin de l’égorger.

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